Pour 2012, le Festival des Abbayes et ses partenaires collaborent de nouveau afin de mettre en fête les grandes abbayes vosgiennes.
Au XIIIe siècle, le moine Richer, dans sa chronique Gesta Senoniensis Ecclesiae, porte un regard sur le monde qui l’entoure. Il nous donne le prétexte pour découvrir d’autres temps, d’autres mondes et bien sûr d’autres univers musicaux.
Richer décrit avant tout la vie de l’abbaye Saint-Pierre de Senones, souligne la qualité et le respect de sa vie religieuse, présente les relations avec ses contemporains, riches et pauvres, seigneurs ecclésiastiques et laïques, moniales et abbés des monastères. Il se révèle être également le narrateur tantôt naïf, tantôt éclairé des relations entre la Lorraine, située en terre d’Empire, et ses voisins d’alors, la France ou la vallée du Rhin. Il porte également un jugement sur les grands évènements de l’Europe chrétienne ainsi que sur l’Orient byzantin et musulman. Observateur actif ou narrateur du tumulte et de la richesse de ce XIIIe siècle, Richer est le témoin engagé des changements et des affrontements entre Orient et Occident.
Le Festival des Abbayes se propose de vous donner, au travers de conférences et de débats, toujours éclairés par les musiques et les chants les plus adaptés à nos propos, une lecture moderne du texte de ce moine lorrain, voyageur lucide et clairvoyant, attentif au monde qui l’entoure et à la pensée des passeurs de Savoir qu’il rencontre, passeur lui-même d’un siècle bien plus proche du monde contemporain que l’on ne pourrait le penser de prime abord.
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LES MANUSCRITS.
La Chronique de Richer nous est connue par 9 manuscrits et 7 éditions. Tous les manuscrits n’étaient pas inventoriés. Quant aux éditions, elles se révèlent incomplètes et pas toujours très rigoureux.
Sur 9 manuscrits, 5 sont des copies humanistes du XVIè, dont 2 sont des traductions, 2 datent du
XVIIè siècle et 1 de 1826. L’audience de cette chronique a été d'un intérêt strictement local puisque
Les copies nous proviennent de Senones, Moyenmoutier, Etival.
Plusieurs copies sont perdues (nous avons retrouvé la trace d'au moins 7 d'entre elles).
L’existence de ces chaînons manquants est évidente lorsqu'on se penche sur la transmission des textes (quelques variantes peu importantes, corrections de fautes, restitution de mots...). Ces manuscrits se trouvent à part égale répartis entre la Bibliothèque Nationale de Paris, la Bibliothèque Municipale de Nancy, la Bibliothèque Municipale d'Epinal.
Le manuscrit le plus ancien date du XIIIè siècle. Il provient de I'abbaye Saint-Pierre de Senones et il est actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris où il est entré entre 1794 et 1831 tout comme l'évangéliaire de l'abbé Suthard conservé aussi à la Bibliothèque Nationale. Il échappe à l’incendie du l3 avril l534, il est mentionné à diverse reprises(1658, 1772, 1729, 1751, 1784). Mais en 1797, lors de la visite de l’abbé Grégoire à Senones, on constate sa disparition ainsi que celle de l’évangéliaire de Suthard. Ces disparitions sont à mettre en relation avec les troubles révolutionnaires du rattachement de la Principauté de Salm à la France en 1793. C’est un manuscrit très travaillé qui comporte le texte le plus ancien, mais pas le plus complet.
D'ailleurs, n'y a-t-il jamais eu un texte définitif ?
Richer a été utilisé très tôt dans l’histoire, puisque Jean de Bayon en 1326 s'inspire de son prologue. D'autres suivront.
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quelques exemples de copies de la Chroniqe (BMI Epinal)
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LE CONTENU DE LA CHRONIQUE
L’ouvrage débute par deux livres consacrés à la fondation des abbayes de Senones, Saint-Dié, Moyenmoutier. Mais il ne dit presque rien d'Etival, et guère davantage de Bonmoutier et Bouxières.
Il évoque la vie des saints fondateurs, leurs miracles, les translations de leurs reliques. Il nous laisse également en ces pages la plus ancienne description du massif vosgien, dont il renforce le caractère inhospitalier pour mieux accentuer la valeur de « ses » saints.
Ses récits hagiographiques portent aussi sur saint Clément, saint Léger, saint Gérard, sainte Odile, puis saint Nicolas, saint Léon, et dans un autre Livre, sainte Elisabeth, saint Pierre de Milan. Il nous relate leur vie avec une naïveté qui frôle parfois la crédulité.
On trouve aussi dans cet ouvrage des passages concernant les rois (Philippe-Auguste, saint Louis,...), les empereurs (Frédéric I et II). Il nous raconte la bataille de Bouvines et la harangue adressée par le roi à ses troupes. Il a appris cette histoire par les moines de Saint-Denis, soit à Lièpvre (dépendance du monastère de Saint-Denis), soit à Saint-Denis même. Il nous raconte les croisades avec les sièges, les miracles, les défaites, les exploits de Godefroy de Bouillon, la félonie de tel ou tel seigneur, la vaillance d'autres. En deux endroits, Richer nous parle de la croisade des enfants qui passa en Alsace durant l'été 1212.
Et puis, il y a l’auteur qui prend parti. Celui qui déteste les Franciscains et les Dominicains (dont les adeptes sont comme des chiens, se précipitant sur du vomi), c'est à dire les ordres nouveaux qui apparaissent au Xllle siècle. Il prend plaisir à nous raconter leurs déboires, surtout en ce qui concernent les Dominicains. Mais d'où tient-il que saint Louis a voulu prendre I'habit dominicain, abandonner le royaume et que sa famille I'en a dissuadé ? Chateaubriand dans ses "Mémoires d'outre-tombe" cite Richer à propos de cet événement.
Il n’aime pas non plus les Juifs, qu'il accable de tous les maux. de toutes les perversités et dont il se délecte à raconter les crimes punis par la vengeance divine.
Il ne nous est pas possible d'aborder tous les thèmes qui se trouvent dans la chronique, sans quoi i1 faudrait évoquer la vie de Mathieu, prévôt de Saint-Dié, l'épidémie qui décime le bétail en Alsace, la tempête qui détruisit la Mecque...... Il n'est pas étonnant que ses utilisateurs de l’œuvre de Richer aient porté des critiques sévères à son égard et qu'ils aient lu en ce livre un immense « fourre-tout » mal construit, tant les thèmes abordés sont variés et parfois inattendus.
Richer et les Salm.
Le moins que l’on puisse dire après une lecture de Richer, c'est qu'il n'aime pas la famille de Salm.
C’est normal, il est moine, ils sont les avoués. Ils oppressent son monastère, il défend ses droits. Mais les Salm ne sont pas pires que le duc de Lorraine à l’égard des abbayes qu'il est censé défendre et dont il s’approprie les biens. C’est surtout dans les deux derniers livres que Richer évoque ses "ennemis". Il en parle dans le Livre à propos du droit des avoués' Richer n'ignore pas les origines géographiques des Salm, il sait qu'ils viennent de Salm en Ardennes et qu'ils prétendirent à I'Empire. Leur ancêtre Hermann I avait été élu roi de Germanie en l08l.
Son langage n'est pas des plus tendres. Ce sont des suppôts de Satan, des êtres assez infâmes.
L’un d’entre eux est nommé qualifié d'Antéchrist.
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